Management / Leur manière de sévir

L’école de la lutte #1- extrait du journal de SUD éducation 13 - Dossier spécial
vendredi 10 janvier 2020
par  GUERDA
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SUR LE TERRAIN - Depuis plusieurs années, nous constatons, dans notre activité de militant-es syndicaux-ales une augmentation du nombre de collègues qui nous contactent pour des situations de souffrance au travail, situations de plus en plus complexes que nous analysons au travers de phénomènes bien connus dans la fonction publique : accroissement de la charge de travail, réduction du nombre de personnels, précarisation des parcours (recours aux contractuel-les), réorganisations des services administratifs et de gestion des personnels qui, sous couvert d’efficacité éloignent les collègues de ceux et celles qui pouvaient leur apporter les premières réponses à des problèmes posés.

Ces situations ne nous sont pas étrangères, nous les vivons, nous les subissons, nous les dénonçons. Les politiques d’austérité ont fortement accéléré la dégradation des conditions de travail de tous et toutes. Dans l’éducation nationale, les conséquences de la RGPP sont encore criantes et les crises de recrutement, de la formation initiale complexifiée depuis la mise en place du concours d’enseignant-e à un niveau master ne font qu’accroitre les difficultés de notre école. Si l’on ajoute à cela les contre-réformes mises en place à marche forcée d’un ministre qui n’écoute pas ses agent-es, celles de la fonction publique qui tendent à bafouer les droits des personnels et de leurs représentant-es, le cocktail devient explosif.

Ces situations ne nous sont pas étrangères, nous les vivons, nous les subissons, nous les dénonçons. Les politiques d’austérité ont fortement accéléré la dégradation des conditions de travail de tous et toutes. Dans l’éducation nationale, les conséquences de la RGPP sont encore criantes et les crises de recrutement, de la formation initiale complexifiée depuis la mise en place du concours d’enseignant-e à un niveau master ne font qu’accroitre les difficultés de notre école. Si l’on ajoute à cela les contre-réformes mises en place à marche forcée d’un ministre qui n’écoute pas ses agent-es, celles de la fonction publique qui tendent à bafouer les droits des personnels et de leurs représentant-es, le cocktail devient explosif.
Tout se passe aujourd’hui comme si nous, travailleurs et travailleuses de terrain étions volontairement mis et mises en danger par une hiérarchie qui continue d’appliquer et de faire appliquer à tous les échelons de notre maillage bureaucratique des politiques destructrices du service public d’éducation. Pire encore, ces politiques sont accompagnées de soi-disant techniques de management du personnel qui ne veulent pas dire leur nom.

« Parfois la réponse de la hiérarchie tombe, comme un couperet, sans d’autres informations qu’une convocation dont l’objet effraie : « votre manière de servir » »

Par exemple, nous constatons depuis un certain temps que la non-réponse de la hiérarchie face à une demande, quelle qu’elle soit, devient monnaie courante. Les collègues usent de patience, de recours, de relances téléphoniques, de courriels pour espérer avoir été entendu-es dans leur requête.

Et parfois, la réponse de la hiérarchie tombe, comme un couperet, sans que les collègues n’aient eu d’autres informations qu’une convocation dont l’objet effraie : « votre manière de servir ».

C’est dans le cadre de ces « entretiens » que nous avons été solicité-es dernièrement afin d’accompagner les collègues. En 2018-2019, pour la totalité des collègues que nous avons suivi-es, il s’agissait de dénonciations de situations de souffrance au travail liées aux relations entre adultes de l’école (conflits entre collègues, avec la direction de l’école, avec des parents d’élèves…). Il est important de préciser cela car on voit bien que pour les collègues concerné-es, le cœur de notre métier, c’est-à-dire notre rapport aux élèves et le fait d’enseigner, n’est ici jamais remis en cause. C’est bien le cadre institutionnel qui pose problème, les injonctions paradoxales de la hiérarchie, l’absence d’accompagnement des équipes dans les quartiers prioritaires, les difficultés relationnelles entre collègues, directeurs, directrices épuisé-es et dont la charge de travail ne cesse de croitre.

Plus hallucinant encore, pour les collègues qui ont été concerné-es par ces convocations pour leur « manière de servir », il s’agit de personnes aguerries, enseignant-es titulaires depuis au moins 10 ans ! Et par des situations de souffrances que la hiérarchie intermédiaire refuse de prendre en considération, les collègues se retrouvent à la DSDEN, convoqué-es, mis-es sous pression d’un entretien à 1 contre 3, accusé-es parfois à tort, remis-es en cause dans leur professionnalité, leur personnalité, malmené-es dans un verbiage qui frôle l’humiliation.
Ces entretiens sont d’une violence extrême pour celles et ceux que nous avons soutenu-es, et les « réponses » apportées par la hiérarchie sont alors grotesques pour des collègues venu-es se faire entendre pour cause de souffrance au travail : enquête administrative, obligation de suivi d’un module Magistère, inspections à charge, remise en cause de la liberté pédagogique par la critique de pratiques dites « différentes » (pédagogie Freinet par exemple),annonce d’un accompagnement en classe jamais suivi des faits… Plus inquiétant encore, dans la plupart des cas, la hiérarchie propose un changement d’affectation. Si cela peut être une réponse pour certain-es, pour d’autres, il s’agit d’une sanction déguisée, là encore, non adaptée à la situation du-de la collègue en souffrance qui tente de retrouver un cadre de travail serein.
Au-delà des situations individuelles et des conséquences de ce type de « gestion des ressources humaines » sur les collègues qui restent sur le terrain tous les jours, nous dénonçons ces pratiques d’une hiérarchie qui accuse, dénigre, et n’a en réalité, aucune solution à apporter aux enseignant-es en souffrance. Pire, elle se défend en prétendant que la situation a été prise en compte puisque les collègues sont reçu-es en entretien : « Entrez victimes dans nos bureaux, vous en ressortirez coupables ! »

L’accompagnement syndical est, dans toutes ces situations, éminemment important, personne ne doit rester isolé-e face à une situation de souffrance au travail et à Sud Education, nous continuons de soutenir les collègues, de les assister avant, pendant et après ces entretiens.

Mais c’est une lutte plus collective que nous devons mener, contre cette hiérarchie qui met en danger les personnels en faisant appliquer des politiques qui dégradent les conditions de travail, qui rend responsables les enseignant-es d’une souffrance qu’elle induit ! Nous devons lutter contre ces dirigeant-es qui démantèlent tous les services publics, contre ces formes de management de personnels qui pressent les agent-es, les accusent, les condamnent, les isolent.