E3C / Un cas typique de maltraitance institutionnelle

L’école de la lutte #1 - Extrait du journal de SUD éducation 13
lundi 10 février 2020
par  GUERDA
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Lycée Artaud à Marseille. La réunion prévue par la direction de l’établissement en ce début du mois d’octobre va tourner court. Alors que c’était la mise en place des E3C, ces nouvelles épreuves introduites par la réforme du lycée et du bac, qui était à l’ordre du jour, c’est finalement l’expression du profond mal-être de l’équipe enseignante qui va s’imposer. Un cas d’école en matière de souffrance au travail dont l’éducation nationale a le secret, et une réaction salutaire à encourager.

Concrètement pour celles et ceux qui ne sont pas en lycée ou qui seraient passé à côté de la grosse mobilisation du mois de janvier, les E3C c’est quoi ? Une nouvelle épreuve anticipée du bac issue de la réforme du lycée. Imposée au pas de charge, sans aucune forme de concertation, cette réforme a fait l’objet d’une très forte opposition l’année dernière jusqu’à conduire à un mouvement inédit de grève des examens et de rétention des notes dans toute la France. Outre la question des inégalités sociales engendrées par le projet ministériel et les pertes de postes qui en découleront, c’était aussi l’absence totale de lisibilité quant à la mise en place de celui-ci qui était au cœur des inquiétudes.

Les équipes pédagogiques avaient bien raison d’être préoccupées puisque à quelques mois de la première épreuve qui aura lieu en février, rien est encore préparé. ProfesseurEs, élèves, parents, directions, sont laisséEs dans l’expectative. Le contour des épreuves reste très flous, les sujets Zéro ne sont toujours pas disponibles pour toutes les disciplines, et la banque de données des sujets nationaux qui devait être consultable dès septembre ne sera finalement ouverte que dans le courant du mois de décembre. A ces premiers écueils s’en ajoutent bien d’autres. Les grilles d’évaluations sont inexistantes tandis que les élèves de premières qui passeront ces épreuves ont suivi un autre programme en classe de seconde. Bien entendu, le surcroît de travail lié à ces nouvelles épreuves ne sera pas pris en compte puisque les enseignantEs devront assurer le choix des sujets, la concertation, l’harmonisation, la correction sans rémunération spécifique. La réalisation d’une fiche conseil pour chaque copie s’annonce particulièrement chronophage.

Comme prévu, le renouvellement de l’intégralité des programmes est lui aussi la source d’une surcharge de travail et de nombeuses situations d’épuisement professionnel à quelques semaines seulement de la rentrée. Ces programmes, trop lourds, indigestes, abstraits, qui tendent à l’exhaustivité semblent tout simplement infaisables malgré des heures et des heures de travail réalisées pendant tout l’été.

De telles conditions de travail et d’étude ne peuvent que générer stress et souffrance pour les élèves et les personnels qui se voient placés dans une situation d’échec d’office. Le ministère de l’Education Nationale est devenu au fil du temps spécialiste de ce type d’organisation et ce ministre certainement l’un des plus pur produit. A coup de réformes imposées à un rythme effrené, Jean-Michel Blanquer a une stratégie claire en tête, frapper fort et vite pour transformer les personnels de l’éducation en simples exécutants. Une vision autoritaire qui se révèle déjà très pathogène. Le suicide d’un collègue enseignant dans les Alpes-Maritimes semble clairement lié à cette situation.

Des référentiels de métier qui changent constamment, des injonctions permanentes et souvent contradictoires, une attaque en règle sur la liberté pédagogique qui fait tout le sel de notre travail, une expertise reléguée au second plan, voilà autant de sources d’une souffrance au travail de plus en plus prégnante. Le terme n’est pas trop fort, c’est même celui qui est le plus présent dans la bouche des collègues selon un participant de cette fameuse réunion au lycée Artaud. Les autres exemples dans le monde professionnel le montrent, la perte de sens du métier est profondément dévastatrice. C’est d’ailleurs là l’un des enseignements les plus marquants du procès d’Orange.

De leur côté les collègues d’Arthaud ont décidé de réagir et de s’organiser pour faire la lumière sur leurs conditions de travail et demander l’annulation des épreuves de février. Une réaction saine et salutaire qui porte en filigrane ce leitmotiv que nous devons toutes et tous reprendre : notre avis compte, nos vies aussi.