Communiqué / Si Jean-Michel Blanquer pouvait se confiner un peu, ça nous ferait des vacances...

Communiqué de SUD éducation 13
mardi 21 avril 2020
par  GUERDA
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Voilà plus de cinq semaines maintenant que les établissements scolaires sont fermés, plus de cinq semaines qu’une très grande partie des Français est confinée et plus de cinq semaines que nous entendons Jean-Michel Blanquer raconter tout et surtout n’importe quoi. Profitant de l’opportunité inédite d’avoir à sa disposition un public captif, c’est presque quotidiennement que le télé-ministre de l’Education Nationale postillonne sur tous les micros de France. Par voie de presse, dans des messages vidéos ou des courriels, il vante son action, fait son auto-promotion, raconte à qui veut l’entendre que tout est sous contrôle, donnant de lui l’image d’un capitaine à la barre du navire en pleine tempête ! On en viendrait presque à se demander s’il ne serait pas plus important que le ministre de la santé lui-même. Après tout lui aussi affronte la crise, mais surtout celle que sa gestion catastrophique des événements provoque. Retour sur cinq semaines de dissonance entre la réalité et les discours médiatiques, trois semaines d’opposition entre la base et le sommet.


Un ministre qui se prend les pieds dans le micro.

« Nous sommes prêts » déclarait dès le début du confinement celui qui le matin même de l’annonce par Emmanuel Macron de la fermeture des écoles affirmait que les établissements scolaires ne fermeraient pas et que ce n’était pas la solution. Jean-Michel Blanquer n’avait visiblement pas dû lire le mémo que lui avait adressé l’Élysée ou Matignon sur le sujet. S’en est suivie une série d’annonces inaudibles et contradictoires poussant le ministre de l’Education Nationale à faire machine arrière à plusieurs reprises mais sans vraiment reconnaître ses erreurs de communication. Ce fut le cas sur la fermeture des établissements, mais aussi sur l’organisation des services et des enseignements, la présence des personnels dans les établissements, les conditions d’accueil des enfants de soignant-es, la reprise des cours, et pour finir le maintien des examens du bac et du brevet. Autant de déclarations contradictoires qui ont semé la confusion parmi les personnels, les parents et les élèves dans un contexte déjà particulièrement anxiogène. Non, rien n’était prêt à l’Education Nationale, sauf en fait les personnels eux-mêmes qui, habitués à faire avec les moyens du bord, se sont rapidement retroussé les manches pour poursuivre leurs missions de service public contre vents et marées.

Toujours un temps de retard, toujours un décalage avec la réalité.

L’immense majorité des collègues n’a pas attendu les injonctions du ministère pour agir. Alors qu’ils n’étaient en rien contraints, nombreux sont en effet celles et ceux qui ont pris leurs responsabilités en proposant des solutions là où l’institution n’en fournissait pas, et se sont portés volontaires pour l’accueil des soignants sans que leur sécurité ne soit assurée. Pendant ce temps-là, le ministère incapable de présenter la moindre solution de bon sens s’accrochait aux branches et essayait de faire bonne figure multipliant les interventions creuses. Il faut dire qu’en ces premiers jours de crise, le ministre s’active davantage en coulisse pour rappeler aux recteurs et à toute la chaîne hiérarchique que les profs ne sont pas en vacances ! Pour preuve, le ministère demande séance tenante des remontées quotidiennes pour connaître le nombres de collègues en arrêt maladie, en autorisation d’absence, ou en télé-travail. On aurait pu penser que la priorité du ministère soit ailleurs, que tous les efforts de l’administration soient focalisés sur la recherche de masques, de gel hydro-alcooliques, de solutions pour protéger les collègues les plus exposés dans les écoles et les collèges.

Aucune adresse aux familles ni aux enseignants pour cadrer la « continuité pédagogique ». Nul avertissement sur le danger d’un temps d’exposition long aux écrans, nul cadrage proposé aux enseignant.es sur le temps passé et les buts visés par la « continuité pédagogique », formule vide de contenu qui se gargarise d’elle-même. Il faudra attendre la panique des familles qui alertent les chefs d’établissements face à la difficulté de vivre la « continuité pédagogique », il faudra attendre que des inspecteur.trices proposent eux-mêmes des cadres et des outils. Il faudra attendre plusieurs semaines les alertes sur l’utilisation des plateformes commerciales jusque là plutôt plébiscitées par ces mêmes inspecteur.trices.

Non, la priorité du ministère était comme à l’accoutumée, au contrôle des faits et geste des personnels et à la prescription pédagogique au mieux irréalisable au pire contre-productive. On ne change pas comme ça les mauvaises habitudes ! Le ministre rappelle en effet très tôt et avec détermination que les programmes seront suivis et examens maintenues coûte que coûte. Peu importe les inégalités sociales et les contingences matérielles, il faut avancer « quoi qu’il en coûte ». Il faudra la vigilance des personnels, les coups de pression des associations de parents d’élèves et des organisations syndicales pour voir le discours institutionnel fléchir et prendre enfin en compte la réalité du terrain. « La hiérarchie c’est comme les étagères, plus c’est haut et moins ça sert », l’adage syndical si cher à SUD éducation ne s’est jamais autant vérifié. Dans ce marasme, seuls certains chefs d’établissements sauvent l’honneur de la hiérarchie en faisant écran entre les personnels et les coups de trompettes incessants du ministère.

C’est là une constante de la période que nous vivons : Une administration centrale sourde aux appels et avertissements de ses professionnels et volontairement ignorante des réalités vécues par les enfants et leurs familles, c’est à dire de la population de France. Pour nombre d’entre nous la priorité est de maintenir le lien social avec les familles, de les accompagner, de les rassurer, en essayant tant bien que mal de préserver un semblant de normalité. Pour nombre d’entre nous, la priorité est de faire vivre les valeurs du sevice public.

Un ministre en pleine auto-promotion qui méprise toute la communauté éducative.

A la communication vide d’intérêt s’ajoute une bonne dose d’auto-promotion pour notre ministre. Sans vergogne, il instrumentalise notre investissement pour mieux vanter son action. Il y voit une aubaine pour faire avancer le travail à distance et la digitalisation de l’éducation nationale. Là où nous pensons solidarité et entraide, Jean-Michel Blanquer pense réorganisation des services, réduction des coûts, flexibilité du travail, interêts du privés pour l’Education Nationale. Ses interventions sur les vacances scolaires confirment nos craintes. En déclarant qu’il n’excluait pas l’idée de nous contraindre à travailler pendant les vacances scolaires, il instille l’idée dans l’opinion que nous ne travaillons pas vraiment. C’est l’état d’esprit du gouvernement que Sibeth N’diaye a porté devant le pays.

Ce qui plait à M. Blanquer c’est toutes les possibilités de dérégulations du travail qu’offre le télé-travail. C’est particulièrement vrai dans un métier comme le nôtre pour lequel la frontière entre vie professionnelle et vie privée est déjà très poreuse. Le ministre feint d’oublier que nous avons aussi des obligations, des familles, des préoccupations personnelles, des vies. Mépris pour notre travail donc mais aussi pour notre santé. La santé n’a jamais été la priorité de l’Éducation Nationale. Certes, il est demandé aux chefs d’établissements de remonter des données sur le nombre de malades et de morts dans nos rangs mais en restant très discret sur les résultats, pour ne pas faire de vague comme on dirait….

En guerre mais contre qui, contre quoi ?

Nous ne sommes pas dupes, Jean-Michel Blanquer n’a pas attendu la crise sanitaire que nous connaissons pour être en guerre. Il l’est depuis le début de sa nomination, contre l’école publique, contre les quartiers populaires, contre les personnels de l’éducation, et contre l’idéal d’égalité et de justice sociale qu’ils portent. Alors oui, dans cette crise, Jean-Michel Blanquer est en rupture avec la réalité, mais son projet pour une Éducation Nationale moins nationale et plus privatisée met en place ses outils à la faveur de cette crise que nous vivons.