Protocoles sanitaires / Vaguement précise, précisément vague, la reprise est précipitée et dangereuse !

Communiqué de SUD éducation 13
jeudi 30 avril 2020
par  SN
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Dimanche 3 mai, avec deux jours de retard, les protocoles sanitaires de l’Education Nationale ont enfin été rendus publics par le ministère. Ce qu’il ressort après une première lecture de ces guides d’une cinquantaine de pages, c’est avant tout le sentiment d’impréparation complète face à la situation. 

Après être allé à l’encontre des recommandations du Conseil Scientifique qui préconisait une reprise de l’école en septembre, le ministère avait annoncé qu’il respecterait scrupuleusement les instructions fournies par ce même Conseil dans une note datant du 25 avril. Mis au pied du mur par la décision gouvernementale cette instance avait en effet dû proposer dans l’urgence une série de mesures minimales pour garantir un semblant de sécurité sanitaire. Mais là encore, le ministère de l’Education Nationale ne respecte pas ses engagement et fait machine arrière. Plusieurs écarts et pas des moindres sont à signaler qui viennent s’ajouter à nos inquiétudes déjà considérables. 

Mission impossible 

Le nombre de dispositions à mettre en place en si peu de temps semble tout simplement impossible. Après l’annonce par le gouvernement, il y a trois semaines de cela, de la réouverture des établissements scolaire, ce n’est qu’une semaine avant la reprise des écoles que le ministère diffuse ses consignes. Des consignes multiples et sur certains points inutilement détaillées qui ne parviennent pas à masquer la précipitation avec laquelle elles étaient pensées. Loin d’un sentiment de maîtrise, ce protocole laisse surtout les personnels dans le flou quant à l’organisation concrète de la reprise. Dans une énième déclaration à la presse, Jean-Michel Blanquer expliquait : "ce n’est pas à moi, depuis mon bureau de ministre, de faire les emplois du temps". Cette déclaration caricaturale qui ferait croire qu’il laisse une liberté d’action aux enseignant.es habituellement ne lui permet que de laisser les personnels se débrouiller seuls, quitte à en engager leur responsabilité. Les collègues des écoles, plus encore que celles et ceux du secondaire sont mis face à une situation d’urgence extrême et sont exposés à un très gros stress. Comment assurer une réouverture dans de bonnes conditions en seulement une semaine d’organisation ? La tâche n’est tout simplement pas réalisable dans ces délais. 

Des pages et des pages, qui génèrent plus d’inquiétudes et de questions qu’elles n’apportent de réponses.Tant de détails, tant de circonvolutions, renforcent l’idée que le danger est bien réel, que les précautions sanitaires en seront respectées pour personne et que la date du 11 mai est trop précipitée pour une réouverture des établissements scolaires. Comment conserver l’essence de notre métier dans ces conditions impossibles à mettre en place ? Quel est l’objectif visé par cette réouverture ?

Une responsabilité qui pèse sur les personnels

C’est qu’on essaye de faire rentrer des carrés dans des ronds du côté de la rue de Grenelle. Jean-Michel Blanquer et le gouvernement s’acharnent coûte que coûte. Au vu des conditions de réouvertures, nous sommes bien loin des intentions affichées par Macron lors de l’allocution du 13 avril. Comment ce dispositif pourrait permettre de lutter contre les inégalités scolaires que la crise a cruellement renforcées ? Le nombre d’élèves qui est attendu est pédagogiquement inapte et accentue l’exposition au Coronavirus dans les établissements. Quel intérêt pédagogique puisque le nombre de jours de classe proposé par élève s’élèvera finalement à une dizaine de journées d’ici la fin de l’année scolaire ?

Bien entendu, nous ne sommes pas dupes. Nous savons bien que la priorité n’est pas sanitaire mais économique. Le MEDEF demande depuis des semaines le redémarrage des entreprises et cela passe nécessairement par la réouverture des établissements scolaires. Tout va dans ce sens, y compris le changement de règles liées au chômage partiel. Une telle précipitation n’est qu’une réponse aux exigences économiques

asques, bio nettoyages, des conditions de sécurité revues la baisse

Les versions définitives des protocoles contiennent des changement assez importants par rapport aux projets initiaux. En premier lieu, le port du masque n’est désormais plus obligatoire. Le ministère qui s’était engagé à fournir des masques aux personnels dès le 11 mai a décidé de ne plus le faire.

C’est pourtant un élément indispensable à la mise en sécurité des personnels et du public accueilli. Dans le même sens, les masques ne sont plus obligatoires pendant les cours mais seulement à l’accueil des élèves et lors des récréations. Au collège les élèves non plus ne sont plus obligés de les porter. La modification est de taille et l’abaissement du niveau de sécurité est considérable. Le ministère prend, sans recul, le risque de voir l’épidémie flamber dans certaines écoles ou établissements. L’exemple du lycée de Crépy en Valois montrent que la maladie se propage très rapidement en milieu scolaire. Dans les autres pays du monde c’est généralement la solution d’une reprise en septembre qui est privilégié et les pays qui se sont risqués à une réouverture trop précoces ont dû procéder à un reconfinement. 

D’autres revirements de situation et des choix contraires aux préconisations du Conseil Scientifique sont sources d’inquiétudes.
Ce dernier recommandait initialement la prise de repas sur la table de travail et non dans les réfectoires. Une proposition reprise dans le projet initial et qui n’est désormais plus retenue. De même la question de la désinfection des locaux a été vu à la baisse. De quoi anticiper l’impossibilité d’aligner le nombre de personnels que les normes sanitaires les plus élevées imposent ! A Marseille, on sait déjà qu’une grande partie du personnel municipal ne sera pas disponible pour effectuer ces tâches déjà difficiles à mettre en place en temps normal

Des choix guidés par autres choses que la lutte contre les inégalités scolaires

Le nombre d’élève attendu est quant à lui très au dessus de ce qui serait raisonnable. Pas étonnant de la part d’un ministère qui est habituer à faire flamber les effectifs. Avec plus de la moité des élèves d’une classe à accueillir le ministère s’obstine sur un chemin très dangereux. Ses calculs sont hasardeux et très théoriques. En effet si l’on compte l’application de la distance minimal de sécurité d’un mètre entre chaque personne ce sont 4 m² d’espace par individu qui doivent-être disponibles. Si l’on compte l’enseignant-e, cela ramène le nombre de personne présente dans une salle de classe à 16 individu ce qui exige un espace de 64 m². Le ministère fait un autre calcul et parvient à abaisser l’espace nécessaire à 50m2 en comptant moins d’espaces pour les élèves situés à l’une des extrémités de la salle. Quoi qu’il en soit, les concepteurs de ce guide ne sont certainement pas rentré dans établissement scolaire depuis bien longtemps car les dimensions sont largement surévaluées. Qui plus est, ce schéma fait abstraction de la moindre circulation dans la classe et ne prend absolument pas en compte la gestion des difficultés des élèves les plus fragiles. C’était pourtant la raison prioritairement affichée quant à la réouverture des établissements scolaires. Le facteur du nombre d’élèves par classe est déjà déterminant en temps normal, il est plus qu’essentiel dans notre situation. Mais là encore le ministère se défausse : ce sera aux directeur-trices d’écoles et aux chefs d’établissements de faire leurs choix. Pratique !

Depuis le début de cette crise, à l’instar du gouvernement, le ministère de l’Education Nationale adapte ses décisions non sur la base des réalités scientifiques et des exigences sanitaires les plus strictes, mais au gré de l’agenda économique et en fonction d’objectifs politiques fixés. Avec cynisme c’est la carte du « moindre mal » qui est une nouvelle fois jouée.

Ces protocoles en témoignent que pour ce gouvernement, le risque semble acceptable s’il ne s’agit finalement que de quelques vies sacrifiées. Mais ces vies ce sont les nôtres et nous ne sommes pas des chiffres ni des statistiques. C’est la vie de nos proches, de nos collègues, des nos amies, de nos élèves, de leurs familles qui sont menacées. Nous ne pouvons laisser faire car chacun-e de nous compte !


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