Assassinat d’un collègue : après le choc, la colère.

Communiqué de SUD Education 13
mardi 17 novembre 2020
par  Penelope
popularité : 5%

C’est toute la communauté scolaire qui est profondément meurtrie par l’assassinat monstrueux du collègue.
C’est toute la communauté scolaire qui peut se reconnaître dans la terreur qu’ont ressentie les proches et les collègues de Samuel Paty.

Mais nous savons que l’administration de l’éducation nationale n’a aucune envie de mettre en place des mesures fortes pour éduquer les jeunes élèves à la vie dans la République Française. Sur ce terrain nous luttons chaque jour contre les discours des intégristes de tous genres, religieux et politiques, qui sont si gracieusement diffusés par Internet.

Quel espace de parole, de questionnement, d’exercice de la citoyenneté est laissé aux élèves des collèges quand ils sont entassés à 30 par classe ? Dans des classes à 30 vous ne pouvez faire réellement débattre les élèves, les amener à poser des questions à leur professeur, permettre au professeur de prendre le temps de répondre à toutes les questions, limiter les effets de groupe/contestation. Bref, organiser un espace où la liberté d’expression, si chère à notre ministre, qui a pourtant été violemment attaquée par la répression qui s’est abattue sur nos collègues de Melle, injustement sanctionnés pour s’en être servi, prendrait du sens.
Un espace où il serait possible de s’épanouir en tant que personne pensante, dans sa particularité et dans l’acceptation de l’autre. C’est cet espace de liberté qui est bafoué par l’irruption de la justice pénale dans nos écoles : les conseils de discipline, les gardes à vue et les mises en examen des élèves suite à des propos tenus lors de l’hommage sont inadmissibles et contre-productifs.

Il est plus urgent pour les Blanquer et compagnie d’alourdir les programmes, sans consultation avec les enseignants, considérés comme un bétail indigne par des hommes politiques qui se permettent de moquer voire d’insulter la profession : « Les [professeurs] annoncent déjà des préavis de grève en septembre. Est-ce qu’ils ne pourraient pas un jour déposer un préavis de travail ? » : dixit le sénateur Claude Malhuret. Mais qui est au quotidien face aux élèves pour lutter encore et encore, pied à pied contre les idéologies délétères comme le sexisme, le racisme, l’intégrisme politique, l’intégrisme religieux, qui essaye de faire vivre la tolérance en proposant des réflexions contre le harcèlement, l’égalité entre les sexes ? Les profs, dans les collèges, dans les lycées, dans les écoles. Nous sommes en première ligne chaque jour pour essayer de faire vivre les lois et le cadre républicain « à la française ».

Et nous nous heurtons à une administration sourde et aveugle à nos revendications les plus légitimes. Les dotations horaires sont de plus en plus « compressées » empêchant tout travail de groupe, toute initiative interdisciplinaire un peu ambitieuse. Nous travaillons de plus en plus pour alimenter des machines technocratiques insupportables tel « Parcoursup », sans visibilité sur les critères d’orientation. L’administration nous somme d’évaluer, encore et toujours plus, encore et toujours plus tôt les élèves sans nous donner le temps ni les moyens de vraiment les former. Les mots d’accompagnement personnalisé sont ridiculisés par les moyens dérisoires mis à disposition.
Les CP à 12 se sont très vite retrouvés à 15, au détriment des autres niveaux de classes qui ont vu leurs effectifs grossir.
Les élèves ne sont pas considérés par ce système comme des individus en formation, comme des êtres à aider à grandir, former, faire réfléchir. Ils sont méprisés, mesurés, calibrés comme des œufs dans une ferme industrielle.
Ce n’est pas en distribuant dans les collèges des affichettes avec les paroles de La Marseillaise que nous ferons aimer la vie dans la République Française et ses valeurs à des milliers d’enfants.
Ce que nous demandons c’est que l’État s’intéresse enfin aux jeunes français, parce que d’autres s’y intéressent, qui ont des visées politiques incompatibles avec les valeurs que nous défendons, nous, les profs.

Marseille, le 17 novembre 2020


Documents joints

OpenDocument Text - 288.6 ko
OpenDocument Text - 288.6 ko