COVID-19 / L’Excuse d’une institution déjà bien malade

L’école de la lutte #2 - Extrait du journal de SUD éducation 13
lundi 8 mars 2021
par  GUERDA
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Ne cherchez plus, le manque de moyens dans les établissements scolaires, le manque de remplaçant-e-s, le manque d’Atsem, c’est la faute du virus !

Nos conditions d’enseignement, déjà détériorées par la casse systématique de l ‘enseignement public ces quinze dernières années, se dégradent avec la crise sanitaire. Dans les Bouches-du-Rhône, nous avons commencé la rentrée 2020 avec un déficit de soixante enseignant-es dans le primaire. Comme le disait le DASEN au cours d’une rencontre avec le syndicat : « C’est particulier avec le COVID nous sommes déjà en déficit et nous devons pallier aux remplacements de nombreux enseignants ». Si le DASEN avait fait ses devoirs, il devrait savoir que la pénurie de remplaçant-e-s dans l’académie est systémique. Systémique des manques de moyens alloués à l’Education Nationale, systémique aussi d’un recours massif à des contractuel-les peu formé-es dans le secondaire qui s’épuisent et quittent une institution qui est bien loin de leur vision de l’éducation.

Mais la solution est toute trouvée par le ministère : revenir aux fondamentaux. Le français, les maths, le reste étant sûrement accessoire aux yeux du ministre. Du français et des mathématiques, nous en faisons déjà, peu importe les matières, si le niveau des élèves est bas, c’est sûrement que les enseignant-es font mal leur boulot. Au lieu de véritablement pallier aux difficultés des élèves, Jean Michel Blanquer nous propose et appuie sa marotte des enseignements fondamentaux. Ses solutions à la crise sanitaire, sont toutes trouvées, ce sont celles qu’il essaye d’imposer depuis des années. Pourtant nos élèves ont besoin d’activité physique, de sorties pour découvrir autre choses que leurs quotidien et se changer les idées face au climat anxiogène ambiant. Ils /elles ont besoin de Géographie, d’Histoire pour se retrouver dans le monde, et développer leur esprit critique afin d’échapper aux manipulations de tous ordres. Ils/elles ont besoin de sciences pour mieux comprendre le monde qui les entoure et pouvoir démontrer, argumenter. Ils/elles ont besoin d’arts pour s’exprimer dans un monde qui ne leur laisse pas ou peu la parole. Par contre, pour ce qui est de préparer une rentrée face au virus, le constat est accablant pour l’institution. Manque de masques, masques potentiellement cancérigènes, pas adaptés à nos pratiques pédagogiques, protocoles flous, abandon des sorties scolaires, rien n’a été concerté, réfléchi. C’est un comble pour celles/ceux qui nous disent que l’institution n’a pas besoin de moyens mais d’une meilleure organisation. On la voit à l’œuvre leur organisation !

Pour être bien préparée, la rentrée de septembre aurait dû être réfléchie en mai comme le réclamait déjà SUD éducation et en concertation avec tous les personnels.

Un véritable plan d’urgence pour l’école.

Aujourd’hui, pour pallier les carences de l’institution, qu’elles soient systémiques et/ou dues à des crises, il faut un vaste plan d’urgence pour l’éducation.

Ce plan repose sur un recrutement massif de personnels, en commençant déjà par recruter des personnels de nettoyage qui durant ces temps de COVID voient leur charge de travail s’alourdir. Il faudrait aussi titulariser massivement les contractuel-les de l’Éducation nationale qui subissent en plus du stress de la situation, le stress de leur précarité. Et bien entendu il faudrait une meilleure formation des stagiaires et une meilleure formation continue notamment entre différents pairs pour accumuler des expériences, des pratiques en lien avec la réalité du travail. Ensuite, il nous faudrait plus d’heures d’enseignement et plus de personnels enseignants. Cela permettrait de réduire les effectifs des classes pour la distanciation sociale mais surtout de la réussite de nos élèves. En effet de nombreux élèves sont en difficulté, et ce, avant même les problèmes sanitaires. La différenciation pédagogique ne peut être efficace avec beaucoup d’élèves. Certain-e-s demandent plus de temps, des dispositifs particuliers et nous devons avoir les moyens de les aider. En effet avec le confinement et le retard accumulé, le travail est titanesque et nécessite des moyens.

Dans ce plan d’urgence il ne faudrait pas oublier de mettre les enseignant-es au centre d’un véritable dialogue entre eux/elles mais aussi avec l’institution pour mutualiser, préparer, échanger sur les pratiques pédagogiques de chacun-e.

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