Réforme de la formation initiale : année zéro

Tract de SUD éducation 13
mardi 24 août 2021
par  GUERDA
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En cette veille de rentrée des enseignant-es stagiaire 2021, se noue une réforme de la formation initiale aux conséquences lourdes pour le métier d’enseignant-es. Une réforme qui bouleverse non seulement les conditions de stage des collègues entrants mais le métier lui même. Plus encore, cette énième refonte, qui s’inscrit dans le prolongement de la masterisation de l’ère Sarkozy, porte de graves menaces pour nos statuts. Décryptage.


La réforme de la formation des enseignant-e‑s de 2021, kézako  ?

Depuis 2020, le ministère de l’Education nationale prépare une vaste réforme de la formation des enseignant-e‑s ainsi que des concours. Les deux objectifs affichés sont de rendre cette formation plus professionnalisante pour mieux préparer les aspirant-e‑s enseignant-e‑s à leur futur métier mais aussi de renforcer l’attractivité de cette profession.

Dans les grandes lignes, avec cette nouvelle réforme, les concours seront déplacés de la fin du M1 à la fin du M2. Il faudra être inscrit en M2 pour pouvoir présenter le concours. Par ailleurs, les étudiant-e‑s en M1 ou en M2 pourront exercer 6 heures en établissement (tiers-temps) en pleine responsabilité en signant un contrat d’alternance. Ces étudiant-e‑s contractuel-les alternant-e‑s seront rémunérées 722€ par mois, soit environ moitié moins que les fonctionnaires stagiaires actuels pour effectuer un sixième de temps de travail en moins. Les autres étudiant-e‑s en master MEEF non alternant-e‑s effectueront un stage d’observation et de pratique accompagnée (SOPA) de 18 semaines non rémunéré. Alors que l’année de fonctionnaire stagiaire rémunérait le temps de formation, ce ne sera plus le cas avec les étudiant-e‑s alternant-e‑s qui seront de plus en plus précaires.

Quand on sait que l’année de M2 de fonctionnaire stagiaire est déjà très chargée, on ne peut que craindre que cette situation empire avec la nouvelle réforme où les étudiant-e‑s alternant-e‑s de M2 devront jongler entre la formation Inspé, le master à valider, la préparation au concours et la préparation des cours. Si l’un de ces éléments (stage, master ou concours) n’est pas «  validé  », l’étudiant‑e ne pourra enseigner à plein temps l’année suivante et devra valider ce qu’il lui manque ou alors devenir enseignant‑e contractuel.

Les deux objectifs affichés risquent d’être manqués car ce sont des étudiant-e‑s après seulement 6 mois qui se retrouveront en responsabilité devant des classe sans voir passé de concours. Par ailleurs, l’année de M2 promettant d’être intenable et la rémunération bien faible détournera probablement encore davantage d’étudiant-e‑s de ce master et du métier d’enseignant. Cette réforme permet surtout de faire des économies et de préparer une armée de contractuels.

Les nouveaux types de stagiaires à la rentrée 2021

Aujourd’hui, de nombreuses zones d’ombres subsistent quant à l’application de cette réforme et promettent une rentrée 2021 des plus chaotiques avec l’enchevêtrement de plusieurs statuts de stagiaires :

- les fonctionnaires stagiaires qui ont passé et réussi leur concours en juin 2021 (dont nous parlons principalement dans ce guide car ce sont les plus nombreux-ses)

- les AED en contrat de préprofessionnalisation : ce sont des étudiant-e‑s en M1 MEEF qui depuis leur L2 passent 8 heures par semaine dans le même établissement pour observer des classes puis enseigner sur de courtes séances pédagogiques. Ces étudiant-e‑s AED prépo effectueront un service de 6 heures (tiers temps) tout en préparant le concours et en suivant la formation pour une rémunération de 980€ par mois.

- les étudiant-e‑s stagiaires contractuels : ce sont des étudiant-e‑s en M2 MEEF qui n’auront pas réussi leur concours en M1 en juin 2021 mais ayant validé leur M1). Ils repasseront le concours (nouvelle formule) en juin 2022 à la fin de leur année de M2. Ils et elles auront la possibilité pour cette année de M2 d’adopter soit le statut de stagiaire, soit celui de stagiaire contractuel. Dans le premier cas, ils seront amenés à réaliser un stage SOPA (non rémunéré) d’une durée de 18 semaines. Dans le second cas, ils seront engagés pour la durée de leur M2, en tant que stagiaire contractuel par l’Éducation nationale et effectueront un service de 6 heures (tiers temps) pour une rémunération de 722€ par mois. Ces étudiant-e‑s reçu-e‑s collé-e‑s seront les premier-e‑s à expérimenter la formation en alternance telle qu’elle sera définitivement mise en place à la rentrée 2022.

La rentrée 2021 verra donc au moins trois types de stagiaire distincts se croiser dans les établissements avec un niveau de formation et de rémunération très différents pour un même travail effectué sur une durée presque équivalente. Autant pour les stagiaires que pour les enseignant-e‑s de l’établissement, cette situation risque de provoquer beaucoup d’incompréhension et potentiellement de tension.

A rebours de cette nouvelle réforme qui renforce la masterisation, SUD éducation 13 revendique le retour des concours de recrutement à la fin de la L3 suivi de 2 années de formation rémunérées (avec un tiers temps de service en responsabilité) et validées par l’attribution d’un master. SUD éducation sera particulièrement vigilant à la manière d’appliquer cette réforme pour que les conditions de travail et de formation des stagiaires soient les meilleures possibles.