Nomination de Sylvie Retailleau : l’ESR de plain-pied dans la start-up nation  !

jeudi 26 mai 2022
par  Chouch
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En nommant Sylvie Retailleau ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Emmanuel Macron fait le choix du modèle "Paris-Saclay", d’une Silicon Valley à la française et celui d’une mise en concurrence toujours accrue des établissements en quête de financement, des personnels de l’enseignement et de la recherche et des étudiant-e-s

Présidente de l’Université Paris Saclay, Sylvie Retailleau est depuis plusieurs années la cheville ouvrière du ministère : elle a choisi d’assumer un enseignement à deux vitesses et un tri sélectif des étudiant-e-s, en faisant le choix de créer une école universitaire de premier cycle à Paris-Saclay ne délivrant pas les mêmes diplômes de licence que ceux ayant droit au prestige de la "marque", pour satisfaire aux exigences des classements internationaux. La logique de "marque" domine tous les aspects de la vie de l’établissement, le vernis de la communication remplaçant la réalité d’une université déstructurée et de ses agent.e.s qui en payent l’addition. Sylvie Retailleau a assumé de "restructurer" l’Université Paris-Sud en un mastodonte désorganisé, avec de nouvelles entités (nombreuses directions, Graduate Schools, objets interdisciplinaires, instituts etc) qui apportent encore plus de complexité au mille-feuille administratif, au prix d’une catastrophe humaine : broyage des collectifs de travail, individus en perte de sens, souffrances importantes y compris dans les diverses directions créées. Alors que les premiers retours de Paris Saclay sur les conditions de travail dégradées et la souffrance des personnels se font de plus en plus clairs, la multiplication des EPE (établissements publics expérimentaux) fait craindre le pire tant en termes de recherche, de conditions de travail et de droits des étudiant-e-s. Sous sa présidence, il a fallu 2 ans et la ténacité des représentant-e-s du personnel et des organisations syndicales pour obtenir une enquête indépendante sur les risques psycho-sociaux liés à la fusion et ses conséquences, dont les conclusions sont claires, loin de "l’humanisme" affiché et dont les recommandations ne sont pour l’instant pas suivi d’effet.

Au niveau national, Sylvie Retailleau s’est fortement impliquée dans la rédaction de la loi de programmation de la recherche, largement rejetée par la communauté universitaire, puisqu’elle a co-rédigé le rapport consacré aux propositions sur le financement de la recherche (avec Cédric Villani et Antoine Petit, PDG du CNRS).

La nomination de Sylvie Retailleau au poste de ministre de l’ESR est donc celle de la destruction du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, à la suite de l’hôpital public ou de l’école. Un enseignement supérieur dit "d’excellence" réservé à certain-e-s, une recherche scientifique par projets de compétition et de rentabilité, ayant perdu tout ce qui fait sa force (collégialité, moyens pérennes, intérêt pour la connaissance et la société), sans oublier le mépris total pour l’écologie comme l’atteste la bétonisation à marche forcée du plateau de Saclay.

Nous n’attendons donc pas grand-chose de la nomination de Sylvie Retailleau au poste de ministre. Sa conception d’une démocratie "agile", "pragmatique" et sans idéologie permettra d’aller encore plus loin dans le modèle d’université libérale préconisé par Emmanuel Macron.

Pour SUD éducation, cette nomination constitue une volonté affirmée du gouvernement de poursuivre les 5 années de casse du service public de l’ESR entamée par F. Vidal. Le discours d’E. Macron du 13 janvier devant France Université constitue la feuille de route que S. Retailleau mettra en place : poursuite de la sélection via Parcoursup, hausse des frais d’inscriptions, mise en concurrence des universités, recherche par projets, universités à 2 vitesses, rentabilité...

SUD éducation porte un projet radicalement opposé à cette vision libérale et élitiste de l’ESR : il est temps de changer de braquet, d’investir massivement dans ce service public essentiel par l’embauche de plusieurs milliers de personnels sous statuts, par la construction de plusieurs universités de proximités, par des financement pérennes de la recherche, par la fin de la sélection, pour une une université publique, ouverte à toutes et à tous, gratuite et émancipatrice.